Meetings : handicapés s’abstenir – Le Monde

Tout le monde vote, y compris les handicapés. Mais tout le monde ne peut pas participer aux meetings. Les réunions de quartier, conférences thématiques ou séminaires qui ponctuent une campagne électorale sont rarement accessibles à tous : sourds, aveugles, personnes se déplaçant difficilement ou souffrant d’un handicap psychique (la claustrophobie, par exemple). La loi de 2005 relative au handicap fait pourtant de cette accessibilité un objectif.

« On pense parfois à installer des ascenseurs et des rampes pour les fauteuils roulants, mais on veille rarement à ce que chacun puisse comprendre ce qui se passe à l’intérieur de la salle », constate Jérémie Boroy, délégué général de l’association Aditus, qui a pour objet la promotion de l’accessibilité. Des câbles traînant sur le sol ou des marches non signalées entravent le passage, surtout dans l’obscurité. Les personnes en fauteuil sont parquées dans un coin, séparées de leurs proches. Les discours s’affichent en sous-titrage sur des écrans géants, alors que la majorité des sourds de naissance, en situation d’illettrisme, ne comprennent que la langue des signes. « Le risque de frustration est important. Les handicapés finissent par se désintéresser des enjeux politiques alors qu’ils sont concernés », déplore M. Boroy, lui-même sourd de naissance.

ATTITUDE BIENVEILLANTE

Aditus profite de cette période électorale pour éditer un « mode d’emploi de l’accessibilité événementielle » d’une soixantaine de pages, qui concerne l’ensemble des événements publics, y compris les spectacles vivants. Avec le Troisième Pôle, une agence de communication travaillant pour le secteur public, l’association a imaginé trois niveaux d’accessibilité, impliquant différents types d’aménagement. Plusieurs candidats, notamment François Bayrou, François Hollande, Eva Joly et Corinne Lepage, se sont engagés à rendre leur campagne « accessible ». Mais pour l’heure, selon M. Boroy, seule l’équipe de M. Hollande a fait appel à une société spécialisée pour adapter ses meetings à tous les publics. Les partis aux budgets plus limités hésitent parfois à engager des dépenses significatives.

Pourtant, l’accessibilité n’implique pas forcément des coûts supplémentaires. Si les échelons les plus élevés définis par le « mode d’emploi » nécessitent effectivement une préparation et un budget, « le premier niveau ne coûte presque rien aux organisateurs », insiste M. Boroy. Il suffit parfois de développer une attitude bienveillante pour que l’accès à la réunion publique ne relève pas du parcours du combattant.

L’organisateur privilégiera une salle au rez-de-chaussée plutôt qu’au troisième étage, et garnira les cheminements destinés au public de bandes réfléchissantes. Les pictogrammes seront compréhensibles, colorés et disposés aux endroits où les personnes à mobilité réduite ne risquent pas de gêner le passage.

Ces installations peuvent profiter à tous, au-delà des 12 millions de personnes qui seraient affectées, en France, par un handicap. Leurs accompagnateurs, mais aussi le reste du public, peuvent bénéficier de ces aménagements spécifiques. « Signaler les obstacles ou travailler la signalétique répond aux besoins des malvoyants aussi bien qu’aux gens circulant avec une poussette ou ayant trop bu… », souligne Denis Leroy, directeur d’Argos Services, entreprise strasbourgeoise spécialisée dans l’accessibilité des bâtiments, de la voirie et des transports.

Dans les meetings, la formation des bénévoles chargés de l’accueil est prise au sérieux. Ils seront sensibilisés aux différents types de handicap et à un accueil « respectueux », utilisant « un discours clair, pas trop rapide et non condescendant », recommande Aditus.

Quelques explications permettent d’éviter les confusions embarrassantes, fréquentes si l’on en croit les handicapés. Ainsi, il est nécessaire de rappeler aux personnes ne souffrant d’aucun handicap que la plupart des aveugles entendent parfaitement et les sourds n’ont pas besoin d’une brochure en braille… « L’accessibilité, c’est aussi un apprentissage de la différence », résume Jean Tanchette, de Troisième Pôle.

Olivier Razemon

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