Congrès de l’Unisda du 18 janvier 2007

TV / Cinéma français / DVD / publicité : quelle accessibilité pour les personnes sourdes ou malentendantes ? 

Intervention de Jérémie Boroy, président de l’Unisda, au congrès de l’Unisda – 18 janvier 2007 – Paris La Villette

2436_55895917199_7252978_nJ’ai moins de monde que pour Ségolène Royal, mais merci à vous tous d’être restés jusqu’à la fin de ce congrès, vif et chargé. L’accès à l’information, à la culture et à la citoyenneté, vous l’avez vu, c’est notre priorité.

Je voudrais d’abord rendre hommage à l’article 74 de la loi du 11 février 2005, qui fixe désormais l’obligation faite aux chaînes de rendre leurs programmes accessibles, et pour certaines d’entre elles, les chaînes publiques, TF1, M6 et Canal+, de rendre accessible la totalité de leurs programmes d’ici 2010. Cette victoire, c’est le mot qui a été employé par Marie-Anne Montchamp, qui était secrétaire d’État au moment du débat parlementaire sur cette loi, alors que, je vous le rappelle, la ministre précédente, Marie-Thérèse Boisseau, y était particulièrement hostile. Cette victoire, nous la devons à notre mobilisation à nous tous. Je tiens à remercier chacun et chacune qui y aura contribué.

Notre congrès s’inscrit dans le cadre de la première semaine du sous-titrage. C’est une initiative de l’UNISDA pour inciter les partenaires concernés à communiquer sur le sujet. Quand nous en avons eu l’idée, nous ne savions pas que cette semaine du sous-titrage tomberait en même temps que la semaine du son.

Ce matin, nous avons entendu des engagements. Certains sont très encourageants, d’autres ont été plutôt murmurés du bout des lèvres. Mais notons qu’aucune chaîne n’a cherché à se défiler, et que toutes ont réaffirmé leur attachement à l’application de la loi. Nous devons les encourager et les accompagner.

Je relèverai à cet égard l’engagement de France Télévisions à poursuivre sa concertation régulièrement avec nos associations, et nous espérons que les autres en feront autant.

2436_55676547199_8028674_nSur l’information sur le sous-titrage, nous avons tous relevé la proposition de M6. C’était même une perche tendue. Nous allons l’attraper, mais il faudrait, d’une manière générale, qu’une campagne d’information sur le sous-titrage soit menée directement par les pouvoirs publics et relayée par les chaînes. En attendant, vous avez eu dans vos mallettes ce matin un support que nous avons réalisé à l’UNISDA : « Faites le 888 ». Je vous invite à le prendre, à le photocopier, à le télécharger sur Internet et à le diffuser autour de vous. Sur la question du direct, je suis rassuré de voir qu’aujourd’hui, on ne dit plus que ce n’est pas possible. Les exemples étrangers l’ont prouvé, la vélotypie le prouve, et la reconnaissance vocale s’annonce prometteuse.

Sur la qualité du sous-titrage, et j’insiste sur cette demande, nous souhaitons que soit élaboré un référentiel de normes de qualité du sous-titrage par type de programme, en concertation avec nos associations, avec les chaînes et avec le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Quant au financement du sous-titrage, nous l’avons entendu ce matin, pourquoi ne pas faire financer le sous-titrage par la publicité ? Notamment pour les chaînes qui ont des difficultés financières face au sous-titrage. L’idée n’a pas semblé choquer les invités de ce matin, donc nous allons, à l’UNISDA, poursuivre sur cette idée-là.

En revanche, sur la question de recours à la langue des signes à la télévision, nous n’avons pas entendu d’engagements très encourageants. On se retranche derrière cette question de la taille du médaillon qui serait trop petite, ou qui pourrait être trop grande, ou qui pourrait gêner. Pourquoi n’avons-nous pas en France un journal télévisé du soir traduit en langue des signes, comme ça se fait dans d’autres pays ? Donc on peut saluer les efforts de France Télévisions en la matière, avec les Questions au gouvernement, avec Télématin et avec L’œil et la main, mais nous invitons maintenant toutes les chaînes à en faire autant. A cet égard, l’exemple de la loi anglaise est particulièrement intéressant puisque, vous l’avez entendu, les chaînes ont maintenant dix ans pour réaliser 5 % de programmes en langue des signes, ce qui est remarquablement visible lorsque vous allez là-bas.

Au-delà de ces aspects particuliers, nous demandons, et nous confirmons que nous le demandons, l’application de la loi.

L’application de la loi dans son esprit, l’application de la loi sans dérogations. Aujourd’hui, le contenu des avenants des conventions que le CSA va négocier avec les chaînes n’est pas connu. Donc j’appelle les chaînes et le CSA à faire en sorte que les éventuelles dérogations qui seraient accordées soient justifiées.

Je le dit ici : pour les chaînes historiques et les chaînes publiques, nous n’accepterons pas de dérogations sur le direct, nous n’accepterons pas de dérogations sur les émissions musicales, nous n’accepterons pas de dérogations sur les émissions sportives. Aujourd’hui, tout est sous-titrable, absolument tout. Il n’y a, a priori, pas de dérogations clairement justifiées.

IMG_3189La question des moyens peut être posée. Effectivement, on peut se demander comment France 3 va rendre accessibles toutes ses émissions régionales d’ici 2010. On peut se demander comment les chaînes qui diffusent des programmes en langues régionales pourront tout sous-titrer d’ici 2010.

Sur le reste, a priori, il n’y a pas de raisons d’envisager de dérogations. Le CSA a annoncé qu’il n’engagerait pas les négociations avec les chaînes tant qu’il ne connaissait pas le contenu du contrat d’objectifs et de moyens qui lie l’État aux chaînes publiques. C’est dans ce contrat d’objectifs et de moyens que les obligations de France Télévisions, au regard de la loi en matière d’accessibilité des programmes, vont être définies. Nous le redisons ici formellement : nous demandons aux pouvoirs publics de donner tous les moyens à France Télévisions pour remplir sa mission et respecter la loi, pour avoir à éviter les dérogations, afin qu’un exemple soit donné et que les chaînes privées puissent s’aligner dessus. Nous demandons donc que le contenu de ce contrat d’objectifs et de moyens soit connu le plus rapidement possible et que nos associations soient associées à la concertation autour de ce document.

En ce qui concerne les élections et les campagnes électorales, alors qu’une loi vient d’être adoptée, et qui porte justement sur la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, il serait assez étrange qu’en 2007, alors qu’il y a des rendez-vous électoraux particulièrement importants (élections présidentielles, élections législatives), il serait assez étrange que nous ne puissions pas suivre cette campagne, notamment à la télévision. J’ai été réconforté d’entendre le président du CSA, le délégué interministériel, le ministre Philippe Bas, le ministre de la Culture rappeler leur attachement à cette accessibilité-là. Évidemment, nous les relayons, et nous demandons aux chaînes de faire tout leur possible pour que toutes les émissions qui traitent des élections et de la campagne électorale soient accessibles dès à présent, que ce soit avec le sous-titrage, que ce soit avec la langue des signes, et cela, sans attendre l’échéance de 2010.

Au-delà des programmes traditionnels qui traitent d’élections politiques avec les candidats, j’avais une demande plus personnelle, mais je suis certain que beaucoup dans la salle la partagerons avec moi, une demande personnelle pour Canal+ : je voudrais que, enfin, les Guignols soient sous-titrés. Je suis sûr que pour beaucoup d’entre vous, notamment ceux qui ont mon âge, c’est une frustration depuis notre enfance de ne pas pouvoir suivre cette émission, qui reste pourtant une référence. Donc s’il vous plaît, Canal+, profitez de la campagne électorale et sous-titrez les Guignols. Si vous ne pouvez pas le faire tout de suite pour le direct le soir, faites-le pour la rediffusion du dimanche midi, vos moyens techniques le permettent. L’accessibilité des campagnes électorales, ce n’est pas seulement à la télévision. Les candidats doivent aussi prendre leurs responsabilités.

A cet égard, et M. Gohet l’a rappelé ce matin, l’UNISDA a largement contribué à la réflexion qui a été menée dans le cadre du Conseil national consultatif des personnes handicapées, pour établir un rappel des règles d’accessibilité qui seraient à respecter. En ce qui concerne nos publics, les candidats, au moins les candidats à l’élection présidentielle, doivent prévoir le sous-titrage simultané, l’interprétation en langue des signes et la boucle magnétique pour tous leurs meetings. D’ailleurs, pour lancer cette campagne, vous avez tous eu également dans votre sacoche ce matin un petit flyer pour interpeller les candidats : vous avez la photo des candidats barrée d’un sous-titre illisible. Je vous invite aussi à les faire circuler, à les envoyer à tous vos candidats aux élections, à les télécharger sur Internet pour les faire réagir. Nous serons particulièrement vigilants sur ce point-là.

La publicité, tout le monde a semblé d’accord sur l’idée, y compris le délégué général du Syndicat national de la publicité télévisée, même si la loi ne le prévoit pas, la publicité pourrait être sous-titrée. Peu importe qu’on puisse juger que la publicité, ce n’est pas toujours intéressant, c’est à nous de pouvoir en juger. Nous sommes aussi des consommateurs. Quant à la communication publique, aujourd’hui, d’autant plus que cette loi du 11 février 2005 parle aussi d’accès à l’information, les pouvoirs publics, les services publics, les collectivités locales doivent prévoir systématiquement l’accessibilité de leurs spots ou de leurs petits films, notamment quand ils passent à la télévision. A cet égard, un article de la loi, que vous devez avoir à l’esprit, l’article 47, dit que les services de communication publique en ligne doivent être accessibles. Ces services, c’est bien évidemment Internet, c’est le téléphone, mais c’est aussi la télévision.

Quant au cinéma et aux DVD, je voudrais remercier tous ceux qui ont participé à l’impressionnante table ronde de tout à l’heure, qui a quand même lancé une mobilisation très encourageante. Donc je tiens à remercier tous les acteurs, les producteurs, les réalisateurs et le CNC, qui nous ont accompagnés dans notre mobilisation d’aujourd’hui.

Je voudrais aussi rendre hommage à tous ceux qui font le sous-titrage, à tous ceux qui sous-titrent les films et qui en ont fait leur métier. Ce métier devrait être davantage valorisé et reconnu. D’ailleurs, je voudrais citer un exemple intéressant : j’ai eu la chance de rencontrer il y a quelques jours mon homologue australien. Il m’a expliqué que l’association équivalente de l’UNISDA en Australie organisait chaque année une cérémonie de remise de prix au meilleur programme sous-titré. Donc il y a tout un palmarès par type de programme, le meilleur sous-titrage est sélectionné, et l’équipe professionnelle qui a réalisé ce sous-titrage reçois un prix, dans une soirée en grandes pompes. Je proposerai au conseil d’administration de l’UNISDA de reprendre cette idée, pour contribuer aussi à la valorisation de ce métier-là en France.

La mobilisation de l’UNISDA ne s’arrête pas à la seule question du sous-titrage et aux thèmes du congrès d’aujourd’hui. J’en citerai un autre : les centres relais téléphoniques, qui sont pour nous la condition de l’autonomie des publics de personnes sourdes ou malentendantes, que ce soit pour la vie professionnelle, que ce soit pour la vie sociale, que ce soit pour la vie personnelle. Nous avons entendu aujourd’hui des engagements très clairs du gouvernement. Un centre relais va être mis en place pour les appels d’urgence. Nous le demandions depuis longtemps, la loi le prévoyait, le dispositif est en train de se mettre en place, et nous pouvons nous féliciter. On a annoncé également que ce même centre relais devrait pouvoir s’élargir rapidement à l’ensemble des services publics pour que nous puissions appeler tous les services publics, c’est également ce que nous demandions. Nous avons aussi entendu un engagement fort de la candidate socialiste, qui est la seule à avoir répondu à notre invitation aujourd’hui, pour mettre en place ces centres relais, comme c’est déjà le cas dans d’autres pays, notamment les États-unis. Comme vous le savez, nous avons coproduit un documentaire sur le sujet, que vous pouvez encore voir sur Internet. C’est à nous maintenant de convaincre l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle de s’engager sur la création des centres relais et de prévoir le financement pour que, enfin, tous nos publics puissent téléphoner n’importe quand et à n’importe qui.

IMG_3187L’autre thème qui fait l’objet de la mobilisation de l’UNISDA, c’est l’accompagnement des familles qui découvrent la surdité de leur enfant, mais aussi l’accompagnement des personnes qui deviennent sourdes. Philippe Bas l’a évoqué, la candidate aussi, nous suivrons donc avec attention les conclusions de la mission qui a été annoncée par Philippe Bas, notamment sur la scolarisation des enfants sourds, sur ses conditions et sur le contenu de l’accompagnement de ces enfants lorsqu’ils sont scolarisés. Nous demandons, d’une manière générale, qu’il y ait une réelle mobilisation des pouvoirs publics sur cet accompagnement des familles. Nous devons arrêter en France de saucissonner tout ce qui est fait pour le public des personnes sourdes, avec ce qui est prévu lorsque la surdité est annoncée aux parents, avec le message qui est apporté, avec ce qui est prévu plus tard avec une prise en charge plus professionnelle, avec les parents qu’on laisse sur le côté, avec, encore plus tard, ce qui est prévu pour la scolarisation, sans qu’il y ait, à aucun moment, une réflexion sur la cohérence de toute cette politique.

Pour l’UNISDA, vous l’avez compris, les trois piliers contemporains qui garantissent à la personne sourde ou malentendante sa place dans la société, ce sont :
- l’accès à l’information ;
- les centres relais ;
- l’accompagnement des familles et des personnes qui deviennent sourdes.

Nous avons donc décidé d’interpeller l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, pas seulement ceux qui sont intervenus aujourd’hui, pour qu’ils s’engagent sur ces trois sujets.

Un congrès est un moment important dans la vie d’une association, et il se doit de fédérer. C’est justement notre objectif et notre raison d’être.

Aussi, je voudrais saluer et féliciter les nouveaux présidents des associations de l’UNISDA, qui ont été élus depuis le dernier congrès : Guy Garnier à l’ALPC, Noemi Gourhand à l’AFIDEO, Jacky Corréa au Mouvement des sourds de France et André Cuenca à l’ANPEDA, et j’adresse toutes mes amitiés à ceux qu’ils remplacent : Ariane, Jean-Jacques et Jean-Louis.

Je voudrais également saluer l’élection du nouveau président de la Fédération nationale des sourds de France, Philippe Boyer. Mon cher Philippe, je t’adresse tous mes vœux de réussite dans le mandat qui t’a été confié, et nous espérons tous que ce congrès et ton élection annoncent un réel rapprochement entre nos deux organisations.

Je souhaite saluer aussi Monsieur de La Ferrière, qui est dans la salle. Il s’agit d’un des premiers présidents de l’UNISDA. Je suis très honoré de sa présence ici ce soir.

Seule l’union de nos associations, de nos publics nous garantira l’efficacité de notre mobilisation. Celle d’aujourd’hui en est un parfait exemple.

Pour terminer, je voudrais tous vous remercier, les uns et les autres, qui parfois êtes venus de loin, qui souvent avez pris une journée de congé pour vous mobiliser avec nous sur le sujet du sous-titrage. Je voudrais remercier Sophie Vouzelaud, la dauphine de Miss France, qui a participé à une très grande partie de ce congrès, saluer et remercier l’ensemble des partenaires qui ont permis que ce congrès se tienne, et bien entendu, tous ceux qui ont participé, de près ou de loin, à l’organisation de ce congrès, que ce soit bénévolement ou professionnellement. Je citerai Laurence, Laurent, Etienne, Jessica, Gilles et Claire qui ont passé beaucoup de temps, beaucoup de nuits blanches pour préparer ce congrès-là. Avec également une mention pour les interprètes de l’Afils, qui ont accepté de faire la traduction du film à la dernière minute, le film de ce matin, et aussi ceux qui l’ont sous-titré.

Un merci aux interprètes, aux codeurs et aux vélotypistes, qui ont garanti l’accessibilité de toute la journée, dans des conditions parfois difficiles. Merci et encore bravo. Bonne soirée.

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