Accessibilité handicap : « Dépasser l’idée de contrainte pour arriver à l’idée d’événement partagé » – Avignonpro

« Aujourd’hui, les choses avancent. La tendance va dans le sens de plus d’accessibilité. Mais nous n’avons cependant pas constaté d’évolutions concrètes. Le sujet s’impose dans la société, mais les problématiques de financement pèsent notamment sur la volonté des prestataires de faire évoluer les choses. Par ailleurs, cinq ans après la diffusion de ce guide, il me semble qu’il faudrait l’enrichir, en y intégrant par exemple les outils issus des nouvelles technologies qui s’intéressent de plus en plus à ces questions. Des entrepreneurs développent en effet des outils innovants qui vont dans le sens d’une démarche d’accessibilité », indique à AvignonPro Jérémie Boroy, fondateur d’Aditevent, société qui accompagne les organisateurs d’événements dans leur démarche d’accessibilité, et délégué général de l’association Aditus pour la promotion et la conception d’outils visant à développer des outils et des modèles d’accessibilité.

« Ce n’est pas utopique de penser qu’un jour toute manifestation sera accessible à tous les publics, quels que soient les éventuels handicaps rencontrés. Cet objectif est réaliste, mais il suppose que les organisateurs réussissent à dépasser l’idée de la contrainte pour arriver à l’idée d’événement partagé entendu comme “Je veux que tout le monde vienne à mon événement” », poursuit-il.


En 2011, l’association Aditus a réalisé un guide recensant toutes les clés de l’accessibilité événementielle. En quoi cela était-il important ?

Avec l’aide d’associations représentantes des grandes familles de handicaps (moteur, visuel, auditif, mental, psychique) et d’experts tels que Pascal Parsat, fondateur du CRTH, aujourd’hui expert Culture handicaps pour le Groupe Audiens, nous avons en effet décidé de réaliser un mode d’emploi permettant aux acteurs, notamment culturels, de développer la démarche d’accessibilité de leurs événements. Il s’agissait pour cela de prendre en compte simultanément toutes les formes de handicap, et de permettre à chacun de développer les outils nécessaires au développement de leur propre accessibilité.

Pour réaliser ce mode d’emploi, nous avons travaillé sur des événements pilotes censés représenter toute sorte de situations (campagne électorale, festivals, assemblées générales, séminaires d’entreprises…), en prenant en compte toutes les étapes de la chaîne de l’événement, du choix du lieu jusqu’à l’accueil du public en passant par la communication sur la manifestation.

Pourquoi était-il nécessaire, à ce moment, de réaliser ce type de publication ? 

L’objectif était bien de donner les outils permettant à tous les organisateurs d’événements d’accueillir tous les publics, quels que soient leurs éventuels handicaps. Cependant, la démarche qui était la nôtre n’était pas de stigmatiser les personnes handicapées mais bien d’intégrer toutes les clés de l’accessibilité événementielle dans une démarche d’intérêt général. L’objectif étant que les personnes concernées n’aient pas à afficher en permanence leur handicap pour qu’une initiative d’accessibilité soit réalisée. En effet, tout le monde n’est pas à l’aise avec son handicap, ce qui peut amener des personnes à s’autocensurer. Plus généralement, la publication de ce guide permettait de mettre en avant l’accessibilité sur d’autres sujets que le seul cadre bâti.

Depuis la diffusion de ce guide en 2011, avez-vous constaté des évolutions concrètes ?

Au moment de la publication de ce mode d’emploi, peu de prestataires prenaient en compte l’accessibilité dans la conception mais aussi la promotion de leur événement. Ils n’apportaient en effet qu’une partie des réponses notamment parce qu’ils ne réfléchissaient pas à tous les handicaps. Bien sûr, on ne peut pas demander à tous les organisateurs d’être des experts en matière d’accessibilité et de handicaps. Aujourd’hui, les choses avancent. La tendance va dans le sens de plus d’accessibilité. Mais nous n’avons cependant pas constaté d’évolutions concrètes. Le sujet s’impose dans la société, mais les problématiques de financement pèsent notamment sur la volonté des prestataires de faire évoluer les choses. Par ailleurs, cinq ans après la diffusion de ce guide, il me semble qu’il faudrait l’enrichir, en y intégrant par exemple les outils issus des nouvelles technologies qui s’intéressent de plus en plus à ces questions. Des entrepreneurs développent en effet des outils innovants qui vont dans le sens d’une démarche d’accessibilité. Il y a bien quelque chose qui est en train de se passer à ce niveau-là. Il faut maintenant voir si cette tendance est simplement dans l’air du temps, ou si elle est destinée à devenir pérenne.

Des initiatives sont réalisées dans le secteur culturel. Un spectacle en audiodescription sera par exemple proposé à l’occasion du Festival d’Avignon (le 12/07/2016 à La Chartreuse). Sur quels points les prestataires peuvent-ils encore progresser ?

Bien sûr, des solutions sont mises en place. Le groupe Audiens a d’ailleurs produit et diffusé une vidéo pour faire connaître les initiatives prises par les organisateurs du Festival d’Avignon. L’évolution vers l’ouverture d’événements à un plus grand nombre est réelle, mais entraîne nécessairement de la part des publics concernés, un souhait d’aller encore plus loin dans la démarche d’accessibilité. Par exemple, aujourd’hui, 100 % ou presque des programmes diffusés sur les principales chaînes de télévision sont sous-titrés. Les publicitaires eux aussi ont intégré cette dimension, qui ne leur était pourtant pas imposée par la loi, dans leur diffusion. Mais aujourd’hui, les personnes sourdes ou malentendantes veulent pouvoir avoir accès au replay ou à la vidéo à la demande, qui ne sont pour l’instant pas disponibles avec le sous-titrage. L’accessibilité doit donc évoluer au rythme de l’évolution des usages. Elle doit aussi prendre en compte les problématiques liées au vieillissement de la population, et donc prendre forme dans une logique de population globale et non de catégories de personnes. Il est nécessaire de s’inspirer de cette population dans sa fragilité, car la prise en compte de ses capacités à entendre, voir, comprendre ou encore se déplacer servira à développer l’ouverture d’événements au plus grand nombre. Par ailleurs, en intégrant les problématiques d’accessibilité dans leur réflexion, les organisateurs d’événements peuvent favoriser la conception plus générale de techniques ergonomiques à destination du grand public et pas seulement des personnes dites handicapées.

Croyez-vous qu’un jour tous les événements seront entièrement accessibles aux personnes handicapées, quelles que soient leurs fragilités ? Ou est-ce utopique de le penser ?

Ce n’est pas utopique de penser qu’un jour toute manifestation sera accessible à tous les publics, quels que soient les éventuels handicaps rencontrés. Cet objectif est réaliste, mais il suppose que les organisateurs réussissent à dépasser l’idée de la contrainte pour arriver à l’idée d’événement partagé entendu comme « Je veux que tout le monde vienne à mon événement ». Il faut aussi qu’ils intègrent que si un lieu n’est pas praticable pour une raison particulière, il est néanmoins important de le rendre praticable pour un autre type de handicap. Et, si le sujet de l’accessibilité s’impose dans la société, on oublie trop souvent que les personnes handicapées peuvent accompagner d’autres personnes ou être accompagnées. Ainsi, en arrivant à l’idée d’événement partagé, on prend en compte la personne handicapée, mais également ses amis, ses collègues, ses parents, son époux(se), ses enfants, frères et sœurs… Le défaut d’accessibilité d’une manifestation entraîne évidemment la non participation des personnes handicapées à celui-ci, mais également celle de ses proches. Il y a aussi un travail d’éducation important à faire en direction des publics handicapés, habitués à être stigmatisés et n’intégrant pas toujours les progrès réalisés en matière d’accessibilité.

Le développement de l’accessibilité des événements, notamment culturels, suppose également que les acteurs qui les financent prennent conscience de la responsabilité qui est la leur. Une charte pourrait permettre de les sensibiliser et les inciter à s’engager, pour veiller à la fois à l’intégration de l’accessibilité dans l’organisation des manifestations ainsi financées mais aussi à la qualité des dispositifs proposés. Naturellement, si une telle initiative était prise, je la soutiendrais.

 

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