Accessibilité des campagnes électorales : nos recommandations aux candidats

À quelques jours de l’ouverture de la campagne officielle pour l’élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017, nos conseils aux candidats pour qu’ils mènent une campagne accessible à tous leurs électeurs.

  • 1er conseil : identifiez bien les cibles de votre stratégie d’accessibilité
  • 2ème conseil : soignez votre langue … des signes !
  • 3ème conseil : sous-titrez toutes vos vidéos.
  • 4ème conseil : utilisez des boucles magnétiques qui fonctionnent.
  • 5ème conseil : pensez à l’accessibilité de votre clip de campagne officielle.
  • 6ème conseil : faites-vous comprendre de tout le monde !
  • 7ème conseil : organisez des meetings accessibles à tous les publics, en pensant à tous les handicaps.
  • 8ème conseil : mettez le paquet sur l’accessibilité de votre site internet.

À quelques jours de l'ouverture de la campagne officielle pour l'élection présidentielle des 23 avril et 7 mai 2017, les conseils d'Aditevent aux candidats pour qu'ils mènent une campagne accessible à tous leurs électeurs. – 1er conseil : identifiez bien les cibles de votre stratégie d’accessibilité- 2ème conseil : soignez votre langue … des signes ! – 3ème conseil : sous-titrez toutes vos vidéos.- 4ème conseil : utilisez des boucles magnétiques qui fonctionnent.- 5ème conseil : pensez à l’accessibilité de votre clip de campagne officielle.- 6ème conseil : faites-vous comprendre de tout le monde ! – 7ème conseil : organisez des meetings accessibles à tous les publics, en pensant à tous les handicaps. – 8ème conseil : mettez le paquet sur l’accessibilité de votre site internet.Grand merci à Igor Casas, Gilles Hachani, Théophile Bula et Sandrine Babak pour leur talent et leur temps ! Faites tourner les amis !

Publié par Jérém-ie Boroy sur mercredi 15 mars 2017

Bonjour ! 2017 est une année chargée en élections. Après la primaire de la droite et du centre, et les primaires citoyennes, nous attaquons maintenant la campagne pour l’élection du prochain président de la République des 23 avril et 7 mai prochains, et viendra la campagne pour l’élection des députés des 11 et 18 juin.
Alors on avait envie, avant qu’il ne soit trop tard, d’interpeller les candidats sur un point es-sen-tiel : celui de l’accessibilité de leur campagne. Nous sommes bien d‘accord, je ne vous parle pas de vos programmes sur le sujet du handicap, de l’AAH, des MDPH, des AVS, etc, mais de ce que vous avez à faire pour vous faire comprendre de tous les électeurs, parce que bon, votre but, c’est quand même de faire le plein des voix, mais si vous oubliez toutes celles et tous ceux qui n’entendent pas, ne voient pas, ne comprennent pas ce que vous avez à leur proposer, vous perdez beaucoup de monde. Je ne viens pas vous faire la leçon sur la « citoyenneté des personnes handicapées » mais juste vous rappeler quelques règles de bon sens, histoire de ne pas passer à côté d’une partie de vos électeurs potentiels. Et puis aussi, parce que bon, si vous faites plus de 5% des voix, la puissance publique vous rembourse la moitié de vos dépenses de campagne, donc on est un peu en droit d’attendre que vous puissiez mener une campagne accessible, et pas n’importe comment.
Pour commencer, 1er conseil : identifiez bien les cibles de votre stratégie d’accessibilité. Les personnes handicapées, elles ne sont pas toutes en fauteuil roulant. Il y a des personnes qui ont un handicap moteur, qui vont se déplacer avec difficulté ou vont avoir du mal à naviguer sur un site internet avec leur souris, il y a des personnes qui entendent mal, d’autres qui n’entendent pas, certaines qui communiquent en langue des signes, d’autres qui vont lire le sous-titrage, d’autres encore qui vont chercher à mieux entendre, il y a des personnes qui ne voient pas ou qui voient très mal, et elles ne s’y prennent pas toutes de la même manière, il y a des personnes qui comprennent moins vite que d’autres, il y a des personnes qui sont complètement paumées face à l’écrit, il y en a d’autres qui vont paniquer face à ce sujet compliqué des élections ou au milieu d’une foule en liesse dans un de vos meetings. Ça fait du monde tout ça… Et pourtant, il vous faudra prendre en compte chacune de ces situations de handicap pour chaque élément de votre campagne : vos meetings, votre site internet, vos vidéos, votre programme, vos tracts et votre profession de foi, et vos interventions dans les médias.
2ème conseil : soignez votre langue … des signes ! On l’a vu avec les primaires, la présence d’interprètes en langue des signes française s’est clairement imposée dans le paysage des meetings, et ça, c’est chouette. Maintenant, il faut savoir pourquoi on le fait. Est-ce c’est juste pour l’image et montrer que vous pensez à tout le monde, « même aux sourds » ? Ou pour que les sourds votent pour vous parce qu’il y avait un interprète à votre meeting ? Ou alors pour que les sourds comprennent réellement votre message ? Si c’est ça, alors faisons-le bien. À moins d’être vous-même bilingue, vous ne pourrez pas évaluer en amont la capacité d’un interprète à assurer un meeting, et si vous cherchez à tout prix le moins cher, parce que bon, il ne faut pas exagérer hein, vous prenez le risque de vous retrouver avec quelqu’un qui bouge les mains sans même vous apercevoir qu’il fait n’importe quoi. Et là, c’est votre image qui en prend un coup. Donc, vraiment, faites d’abord confiance à des professionnels qui vous aideront sérieusement à sélectionner les bons interprètes. Ensuite, pour un meeting, il vous en faudra minimum deux, pour qu’ils puissent se relayer. Ce n’est pas un caprice, mais un souci d’efficacité dans votre intérêt, parce que l’interprétation d’un meeting est un exercice très contraignant. Enfin, si vous payez pour avoir des interprètes, autant qu’on les voie bien, que ce soit sur place, ou sur votre live vidéo. On a remarqué cette tendance à toujours mettre les interprètes sur le côté ou dans un coin, il ne faudrait pas qu’ils dérangent non plus… Mais si c’est pour qu’ils soient invisibles, bousculés par les photographes ou cachés par les premières rangées, ce n’est pas la peine… Rien ne vous empêche d’avoir l’interprète à vos côtés, certains l’ont fait, et c’est plutôt pas mal. Après, si vous privilégiez le live, c’est la vidéo qu’il faut soigner. Oubliez le médaillon en forme d’œuf comme sur France 3, c’est moche, c’est ringard, c’est trop petit et c’est contraire aux recommandations du conseil supérieur de l’audiovisuel. Donc voyez avec votre réal, bien en amont du meeting, comment composer une belle image finale, avec un interprète bien visible, avec un fond, une bonne lumière, à la bonne taille.
Certains vous proposeront peut-être d’assurer l’interprétation de votre meeting à distance, par webcam. Laissez tomber, c’est casse gueule, et vous risquez de vous retrouver avec des interprètes avec des gros écouteurs sur les oreilles, ce n’est pas top.
Ah oui, autre chose, tout le monde ne sait pas enlever les petits cœurs et les pouces levés sur les lives vidéo de Facebook, donc si votre médaillon est trop bas, on n’y voit pas grand chose non plus…
Tout ça, c’est aussi valable pour les vidéos, hors meeting, que vous postez sur les réseaux.
Après, vous pouvez toujours faire le choix de l’audace en ayant une équipe d’interprètes en permanence à vos côtés pendant votre campagne, pour que toutes vos interventions, même hors meeting, soient accessibles, pour pouvoir échanger directement avec vos électeurs qui s’expriment en langue des signes, pour répondre aux interviews des journalistes sourds, eh oui, ça existe, pour que des militants sourds qui vous soutiennent puissent participer activement à votre campagne, ou même pour vos passages dans les médias audiovisuels, parce que vous l’aviez compris, on ne peut pas encore trop compter sur eux pour être parfaitement accessibles…
Bon, bien sûr, le budget d’un candidat aux législatives n’a rien à voir avec celui d’un candidat à la présidentielle, on ne peut peut-être pas tout se permettre mais j’imagine bien que les candidats d’une même formation politique pourraient mutualiser leur accessibilité au niveau départemental, par exemple pour leurs meetings communs. Il y a toujours des solutions.
3ème conseil : sous-titrez toutes vos vidéos. Je dis bien toutes vos vidéos. Pas seulement pour les sourds qui ne connaissent pas la langue des signes, et ils sont nombreux, mais aussi pour tout le monde. Certains l’ont déjà compris d’ailleurs, quand une vidéo est sous-titrée, elle est bien plus virale, on peut la regarder sans le son ou quand il y a trop de bruit autour. C’est une tendance qui se confirme, mais là encore, il faut le faire correctement, sans faute d’orthographe, ça va de soi, avec un fond pour qu’il y ait un minimum de contraste pour que le sous-titrage reste visible et confortable. Des professionnels peuvent vous aider. Le sous-titrage automatique de Youtube, vous pouvez oublier… Si vous tenez à utiliser une solution de reconnaissance vocale pour aller plus vite ou pour que ça vous coûte moins cher, c’est à vos risques et périls… Quand vous rediffusez des passages de vos interventions télévisées, pensez aussi à les sous-titrer, ce ne sont pas les chaînes qui vont le faire pour vous.
Pour ce qui est du direct, par exemple pour vos réunions publiques, là, ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, la solution la plus fiable reste la vélotypie. La vélotypie, c’est une technique de sous-titrage performante qui vous permet d’afficher en temps réel tout ce que vous dîtes. Ce sont des professionnels, les vélotypistes, qui sous-titrent avec un clavier spécifique, qui s’appelle le Velotype, et qui permet un affichage fluide des sous-titres, que ce soit sur les écrans de vos meetings, ou dans un bandeau sur votre live vidéo. Là, c’est comme pour les interprètes en langue des signes, vérifiez que le sous-titrage n’est pas trop bas, sinon, on risque de ne pas le voir si tout le monde passe devant ou si les petits cœurs de Facebook viennent danser sur l’écran…
Méfiez-vous, des prestataires n’hésiteront pas à vous dire qu’ils font de la vélotypie, sans que ce soit l’authentique… Il y a bien d’autres techniques de sous-titrage simultané, mais nous ne les recommandons pas encore pour vos meetings si vous voulez éviter que votre discours soit massacré.
4ème conseil : utilisez des boucles magnétiques qui fonctionnent. La boucle magnétique, c’est une installation qui permet aux personnes appareillées de recevoir le son de la sono de votre meeting directement dans leurs appareils auditifs. C’est ce que vous avez peut-être déjà vu au guichet du métro ou de la SNCF, avec un petit micro et une oreille barrée à côté de la lettre T. Concrètement, c’est un câble qui fait le tour de la surface où se trouve le public, et qui est relié à la sono. Ça élimine la distance, les bruits, et quand la boucle fonctionne, c’est la solution idéale pour un grand nombre de personnes. Je dis bien quand elle fonctionne, car là encore, c’est un sujet de professionnels, il faut savoir régler la boucle, et surtout, la tester et pouvoir intervenir immédiatement en cas de difficulté. Malheureusement, beaucoup de prestataires se contentent de vous livrer la boucle sans prendre la responsabilité de son fonctionnement… Certains vous proposeront même des systèmes individuels, avec des tours de cou : c’est vraiment moyen, c’est stigmatisant, ça suppose que les personnes concernées viennent demander leur tour de cou à l’entrée du meeting et beaucoup préfèrent y renoncer, nous sommes dans un pays où a un peu honte de dire qu’on est malentendant. Donc on privilégiera l’installation d’une véritable boucle magnétique, sur la surface la plus grande, même si c’est plus cher, ça évite là aussi de devoir prévoir une zone réservée qui stigmatise. Pour récapituler, pour que votre campagne soit accessible à la diversité des 6 millions de personnes sourdes ou malentendantes, c’est langue des signes, sous-titrage des vidéos et vélotypie pour les meetings, et boucle magnétique. Les 3, pas l’un plus que l’autre, mais bien les 3 qui sont complémentaires.
5ème conseil : pensez à l’accessibilité de votre clip de campagne officielle, vous savez, les spots qui passent super tard sur France 2 et sur France 3 et que tout le monde regarde, bien sûr. Bon, là, c’est l’État qui rince, et c’est le CSA qui fixe les règles pour la production. Tous les candidats sont à égalité. Votre clip sera audio-décrit pour les diffusions sur France 2, c’est à dire que les personnes aveugles pourront activer une bande son qui leur permet d’avoir une description audio de votre clip. Il sera également sous-titré, là, vous n’avez rien à faire. En revanche, si vous soulez qu’il soit aussi accessible en langue des signes, c’est à vous de le dire. Vous ne payez rien, mais il faut penser à le demander dès le début. En 2012, un seul candidat l’a demandé, alors que c’est gratuit, c’est dommage. Ne passez pas à côté de cette opportunité par qu’on pourrait croire que vous avez refusé de salir votre image avec un interprète… Ensuite, France télévisions met en ligne tous ces petits films, et là, ils seront aussi accessibles. C’est ça le service public.
6ème conseil : faites-vous comprendre de tout le monde ! Vous allez rédiger des tracts, un programme, une profession de foi, vous allez vous faire plaisir avec de belles phrases mais souvent, vous allez oublier de vous mettre à la place de vos électeurs qui ne vont pas y comprendre grand chose. Grâce aux personnes qui ont handicap intellectuel, et elles votent, et elles sont nombreuses, mais aussi aux personnes qui ne sont pas à l’aise avec la langue française, des techniques ont été développées pour rendre accessibles vos contenus. On parle du Facile à lire et à comprendre, ou encore du français pour tous : ce sont des rédacteurs spécialisés qui reprennent vos contenus pour les rédiger dans un français accessible, et qui vont les faire relire par des personnes elles-mêmes handicapées intellectuelles. Si elles comprennent, c’est que tout le monde comprendra. Là, pareil, c’est un travail de professionnels, mais pensez-y dès le début de la campagne, ça ne se fait pas en 24 heures.
7ème conseil : organisez des meetings accessibles à tous les publics, en pensant à tous les handicaps. Là, on vous recommande de prévoir un accueil dédié à vos militants qui ont un handicap, mais vraiment n’importe quel handicap : des personnes en fauteuil, des personnes qui ne peuvent pas rester debout, des personnes qui ne voient pas, etc. Certains seront contents d’être accompagnés à des places éventuellement réservées pour éviter la bousculade, par exemple, mais surtout, n’imposez rien et évitez les parkings de fauteuils roulants ou les espaces stigmatisants. Travaillez bien la signalétique du meeting, pour que tout le monde voie facilement où aller, faites en sorte que le sous-titrage et l’interprétation en langue des signes soient bien visibles de toute la salle. Et surtout, pour chaque meeting, indiquez bien sur votre communication ce que vous avez prévu pour l’accessibilité, parce que si personne ne le sait, personne ne le devinera.
8ème conseil : mettez le paquet sur l’accessibilité de votre site internet et de tous vos supports numériques, y compris votre communication sur les réseaux sociaux. Vous allez y mettre des moyens, et c’est normal, c’est là que ça se passe. Mais c’est pareil pour les électeurs qui ont un handicap. D’autant plus que vous aurez mis en œuvre tous les conseils précédents, et c’est bien la diffusion en ligne qui véhiculera cette accessibilité. Mais il faut au préalable que votre site ait bien été prévu pour être accessible. Il y a des normes pour ça, pour que ceux qui ne voient pas puissent utiliser leur logiciel de lecture vocale, ou leur plage braille, ou encore agrandir les caractères et changer les couleurs. C’est aussi pour que ceux qui ont un handicap moteur et ne peuvent pas utiliser la souris puissent naviguer directement à partir des flèches du clavier. On fera aussi en sorte que la navigation soit simple d’emblée et que tout le monde s’y retrouve dans vos rubriques. Oui, c’est assez technique, mais en fait, ça ne change pas forcément l’esthétique de votre site, au contraire, ça le rend plus efficace et ça renforce son référencement. Alors c’est à vos équipes digitales d’être formées pour ça, c’est à vous de vous en assurer, mais vous pouvez aussi vous faire accompagner par des professionnels et faire évaluer votre site par un panel. Là encore, ne vous y prenez pas trop tard, c’est vraiment au début que vous devez y penser.

Voilà, je vous tout dit, enfin l’essentiel. Je vous assure que je n’ai rien inventé, tout ça est écrit dans des guides, même un rapport parlementaire a été consacré au sujet. Il y a des mementos qui ont été rédigés avec les associations et qui sont mis à jour pour chaque élection, on les trouve en général sur le site du ministère de l’intérieur. Et vous verrez, tout ce que vous ferez pour l’accessibilité de votre campagne servira vraiment à tout le monde. Merci à vous et bonne campagne !

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